Une femme seule dans un couloir d’hôtel, une starlette qui regarde hors champ, une aristocrate du XVIᵉ siècle qui fixe l’objectif : à chaque fois, c’est Cindy Sherman. Et pourtant, aucune de ces images ne dit qui elle est vraiment. Depuis 1977, cette photographe américaine construit une œuvre où l’autoportrait devient un outil d’enquête sur les images qui nous fabriquent tous, plutôt qu’un miroir d’elle-même. Comprendre sa méthode, ses séries clés et les débats qu’elle suscite permet de dépasser la simple admiration esthétique pour entrer dans une lecture critique, active, de ses photographies.
- Cindy Sherman se met en scène depuis 1977 pour interroger les stéréotypes visuels, pas pour raconter sa vie
- La série Untitled Film Stills (1977-1980) reste son œuvre la plus citée, entre fiction cinématographique et critique du regard porté sur les femmes
- Costumes, maquillage, prothèses et cadrage sont les outils d’un véritable dispositif critique, pas de simples accessoires
- Son travail est associé au postmodernisme et à la Pictures Generation, et alimente un débat toujours vif sur son rapport au féminisme
- Une grille de lecture en sept questions permet d’analyser n’importe laquelle de ses photographies avec méthode
Pourquoi parler d’autoportrait chez Cindy Sherman
Le terme d’autoportrait paraît trompeur dès qu’on regarde une photographie de Cindy Sherman. On y voit son visage, son corps, parfois transformé au point de devenir méconnaissable, mais jamais une confession. Depuis qu’elle s’installe à New York en 1977, elle occupe simultanément la place du sujet et celle de l’opératrice : elle se photographie elle-même, en s’attribuant des rôles, des postures, des identités emprintées à la culture visuelle ambiante. Ce dispositif suffit à déplacer la question : il ne s’agit plus de savoir qui est Cindy Sherman, mais de comprendre ce que ses images révèlent des représentations collectives.
Une artiste, des dizaines de personnages
Elle l’a formulé elle-même : elle n’a photographié qu’un seul visage, le sien, tout en incarnant une multitude d’archétypes féminins. Cette phrase résume tout le paradoxe de son travail. Le visage reste identique d’une série à l’autre, mais le maquillage, les prothèses et les costumes le rendent chaque fois étranger. L’autoportrait devient alors un masque plutôt qu’une révélation, un outil de mise à distance plutôt qu’un aveu.
Le vrai sujet : la culture visuelle, pas l’artiste
Son œuvre interroge la place de la femme et sa représentation dans la société contemporaine. Elle critique en particulier l’image et les rôles assignés à la femme américaine de la classe moyenne des années 1960 et 1970 : la ménagère, la starlette, la victime, la femme fatale. En reproduisant ces figures avec une précision presque clinique, elle force le spectateur à reconnaître des clichés qu’il a lui-même absorbés sans y penser, via le cinéma, la publicité ou la presse magazine. C’est cette bascule, du portrait individuel vers l’analyse collective, qui explique pourquoi ses images fonctionnent comme des outils critiques plutôt que comme des confessions personnelles. Reste à comprendre comment, concrètement, elle fabrique ce dispositif : la méthode Sherman consiste à se déguiser pour révéler les codes de l’image.
La méthode Sherman: se déguiser pour révéler les codes de l’image
Chaque photographie de Cindy Sherman résulte d’un travail de mise en scène minutieux, comparable à une préparation de tournage cinématographique en miniature. Elle assume tous les rôles : costumière, maquilleuse, éclairagiste, actrice et photographe. Cette polyvalence n’est pas un simple exploit technique, elle est la condition même de son propos : en contrôlant chaque paramètre de l’image, elle démontre à quel point une identité visuelle se fabrique, s’ajuste, se joue.
Costumes, maquillage, prothèses : les outils de la transformation
Les costumes qu’elle porte ne relèvent jamais du déguisement anecdotique. Ils citent des codes précis : la robe de cocktail des années 1950, le tailleur strict de la femme d’affaires, le drapé antique des portraits de musée. Le maquillage accentue ou déforme les traits, tandis que les prothèses, corps postiches, nez, seins ou membres artificiels, permettent d’aller jusqu’à la caricature ou au grotesque. Cette accumulation d’artifices vise un objectif clair : montrer que l’apparence féminine, telle qu’elle circule dans les images, est une construction, jamais une donnée naturelle.
- Costumes d’époque ou contemporains, choisis pour leur charge symbolique
- Maquillage utilisé comme masque plutôt que comme embellissement
- Prothèses corporelles pour déformer, exagérer ou déstabiliser
- Décors et accessoires qui ancrent chaque personnage dans un imaginaire reconnaissable
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Cadrage, lumière, pose : la photographie comme théâtre critique
Le cadrage joue un rôle tout aussi déterminant que le costume. Un plan large isolé dans un décor urbain, une plongée qui écrase le personnage, un regard hors champ qui suggère une menace invisible : chaque choix formel construit une tension narrative sans jamais la résoudre. La lumière, souvent travaillée en clair-obscur dans ses premières séries, accentue cette ambiguïté. Rien n’est laissé au hasard, et c’est précisément cette maîtrise technique qui transforme la photographie en un dispositif critique, un théâtre miniature où se jouent les codes de la représentation plutôt qu’une simple scène de la vie quotidienne. Cette méthode trouve sa formulation la plus aboutie dans une série devenue référence absolue : Untitled Film Stills.
Untitled Film Stills: le faux cinéma comme miroir des archétypes féminins

Réalisée entre 1977 et 1980, la série Untitled Film Stills reste l’œuvre la plus commentée de Cindy Sherman. Elle se compose d’images en noir et blanc où l’artiste incarne des rôles féminins stéréotypés, directement inspirés des films américains des années 1950 et 1960. Le terme « film still » désigne à l’origine une photographie prise pendant la production d’un film, sur le plateau ou en dehors, destinée à la promotion : un portrait posé, figé, conçu pour vendre une histoire avant même qu’elle ne soit vue.
Une fiction sans film, sans scénario, sans nom
C’est là tout le tour de force de la série : ces images ressemblent à des captures de films qui n’existent pas. Elles empruntent la grammaire visuelle du cinéma hollywoodien, la pose figée, le cadrage cinématographique, la lumière dramatique, sans jamais s’appuyer sur une intrigue réelle. Le spectateur croit reconnaître une scène, un genre, presque un titre, mais aucune histoire ne vient combler ce vide. Cette ambiguïté narrative pousse chacun à projeter ses propres références, révélant à quel point les stéréotypes cinématographiques sont profondément ancrés dans l’imaginaire collectif.
Des archétypes féminins à reconnaître
Chaque photographie de la série convoque une figure identifiable :
- La femme fatale, cigarette à la main, regard mi-clos
- La secrétaire timide, engoncée dans un cardigan strict
- La victime potentielle, seule dans une rue déserte ou un couloir
- La starlette glamour, posée devant un miroir de coiffeuse
Le noir et blanc renforce cette impression de familiarité rétro, tout en installant une distance critique : on regarde ces figures comme des vestiges d’une époque, mais on les reconnaît encore, preuve que ces rôles n’ont jamais vraiment disparu des représentations contemporaines. Cette série marque aussi une naissance : celle d’une lecture critique du regard porté sur les femmes, ce que la théorie anglo-saxonne nomme le male gaze, cette manière de filmer et de photographier les femmes comme des objets destinés au regard masculin. Après ce coup d’éclat, Cindy Sherman ne s’arrête pas : elle pousse ses recherches vers des territoires plus sombres, entre glamour affiché et fractures du corps.
Des années 1980 aux années 1990: du glamour aux fractures du corps et du désir
Après le succès des Untitled Film Stills, Cindy Sherman ne répète pas la formule qui a fait sa reconnaissance internationale dès le début des années 1980. Elle déplace son travail vers des esthétiques plus vives, en couleur, puis vers des thématiques nettement plus dérangeantes, où le corps devient le lieu central de la critique.
Centerfolds : le format magazine détourné
La série Centerfolds adopte le format horizontal des doubles pages de magazines masculins, ce type d’image conçue pour exposer un corps féminin à un regard voyeur. Sherman s’installe dans ce cadre pour mieux le retourner contre lui-même : ses personnages sont allongés, souvent en position de vulnérabilité, mais leur expression trahit l’inquiétude, la lassitude ou l’ennui plutôt que la disponibilité érotique attendue. Le format même de l’image devient un commentaire sur la fonction sociale de ce type de photographie.
Vers le grotesque et l’inconfort visuel
Dans les années 1990, ses images accentuent le malaise. Les corps se déforment, les prothèses deviennent plus visibles, parfois presque monstrueuses. Elle explore la sexualité, le désir, le dégoût, en poussant les codes esthétiques de la mode ou du portrait glamour jusqu’à un point de rupture. Cette évolution répond à une logique cohérente : plus les images médiatiques normalisent des corps lisses et désirables, plus Sherman force le regard vers ce que ces images cherchent habituellement à cacher, l’artifice, la fragilité, parfois la laideur. Ce geste critique trouve un nouveau terrain d’expression à la fin de la décennie, quand elle se tourne vers l’histoire de la peinture pour interroger l’autorité même des images anciennes.
History Portraits: rejouer la peinture pour questionner l’autorité des images

Réalisée entre 1988 et 1990, la série History Portraits marque un tournant : Cindy Sherman abandonne les références cinématographiques et publicitaires pour s’attaquer directement à l’histoire de l’art. Elle rejoue des portraits et des peintures classiques, en incarnant tour à tour des aristocrates, des figures religieuses ou des personnages mythologiques, toujours affublée de costumes exagérés et de prothèses volontairement grossières.
Déconstruire le prestige et l’authenticité
Le geste est ironique et méthodique à la fois. En reproduisant la pose solennelle d’un tableau ancien tout en laissant visible l’artifice de la reconstitution, faux nez, faux seins, tissus criards, elle révèle que le prestige attaché à ces portraits historiques repose lui-même sur une construction sociale : celle du pouvoir, du genre et de la classe sociale représentés par la peinture de cour. L’authenticité de l’œuvre d’art ancienne se trouve ainsi questionnée par l’exhibition délibérée de sa propre fabrication.
Le costume comme commentaire critique
Le choix du costume n’a rien d’accessoire dans cette série. Il devient un commentaire sur la façon dont l’art occidental a longtemps figé des figures d’autorité, souvent masculines ou aristocratiques, en modèles intemporels. En les rejouant elle-même, femme, artiste contemporaine, avec des moyens visiblement artificiels, Sherman démonte l’idée d’une grandeur naturelle ou éternelle : tout portrait, ancien ou contemporain, résulte d’une mise en scène. Cette démarche s’inscrit dans un ensemble de débats plus larges sur le regard, le féminisme et le postmodernisme, qui structurent depuis toujours la réception critique de son œuvre.
Regard, féminisme, postmodernisme: les débats qui structurent sa réception
Peu d’œuvres photographiques suscitent autant de lectures contradictoires que celle de Cindy Sherman. Certains la considèrent comme une critique féministe majeure des représentations dominantes, d’autres estiment qu’elle reproduit les stéréotypes qu’elle prétend dénoncer sans les dépasser vraiment. Ce débat, loin d’être tranché, fait partie intégrante de la richesse de son travail.
Une œuvre féministe, mais pas un manifeste
Sherman elle-même a toujours refusé les étiquettes trop nettes. Son travail met en scène le male gaze, ce regard construit socialement qui façonne la représentation des femmes dans le cinéma, la publicité et la peinture, mais elle ne propose pas de discours militant explicite. Elle préfère l’ambiguïté : ses images peuvent être lues comme une dénonciation ou comme une simple mise en abyme, sans réponse définitive imposée au spectateur. Cette ouverture interprétative alimente le débat féministe depuis des décennies, sans jamais l’épuiser.
Postmodernisme et Pictures Generation
Sur le plan historique et théorique, Cindy Sherman est associée à la Pictures Generation, un groupe d’artistes new-yorkais qui remet en question les conventions de la représentation visuelle à travers la photographie, en s’appuyant largement sur l’appropriation d’images existantes, cinéma, publicité, presse. Cette filiation la rattache directement au postmodernisme, ce courant qui refuse l’idée d’une œuvre originale et autonome pour privilégier la citation, le pastiche et la déconstruction des récits dominants. Sa reconnaissance s’accélère dès le début des années 1980, puis se confirme en 1995 avec l’obtention du prix MacArthur, une distinction qui consacre l’ampleur de son influence sur l’art contemporain. Ces questionnements sur l’image fabriquée, le contrôle de sa propre représentation et la mise en scène de soi trouvent aujourd’hui un écho inattendu dans un phénomène bien plus quotidien : la culture du selfie.
Réseaux sociaux et autoportrait: ce que Sherman anticipe et ce qu’elle déjoue
Difficile de regarder une photographie de Cindy Sherman aujourd’hui sans penser aux millions de selfies publiés chaque jour sur les réseaux sociaux. Bien avant l’apparition des smartphones, elle explorait déjà les mécanismes de fabrication d’une image de soi, contrôle total de la pose, du décor, du maquillage, de l’éclairage.
Un précurseur involontaire de la culture du selfie
Le selfie contemporain repose sur des outils qui rappellent directement sa méthode : filtres numériques, retouches, mise en scène du cadre de vie, choix minutieux de l’angle. Comme elle, des millions d’utilisateurs fabriquent une persona destinée à circuler et à être jugée par un public. Les accessoires de prise de vue mobile, trépieds, anneaux lumineux ou supports pour smartphone, participent aujourd’hui de cette même logique de mise en scène personnelle.
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Une différence fondamentale : l’intention critique
La ressemblance formelle s’arrête pourtant là. Le selfie vise généralement à valoriser une identité individuelle, à séduire ou à rassurer sur sa propre image. Le travail de Sherman poursuit l’objectif inverse : démontrer que toute image de soi est une construction artificielle, potentiellement trompeuse, façonnée par des codes culturels préexistants. Là où le selfie cherche l’adhésion, l’autoportrait sherman-ien cherche le dévoilement du dispositif lui-même. Cette distinction, entre autoreprésentation sociale et stratégie critique, constitue la clé pour éviter les contresens sur son œuvre, et prépare directement l’outil d’analyse le plus utile pour aborder n’importe laquelle de ses photographies.
Grille d’analyse d’une photo de Cindy Sherman: 7 questions pour lire l’image
Face à une photographie de Cindy Sherman, la tentation est grande de s’arrêter à l’anecdote biographique ou à la simple reconnaissance d’un déguisement. Une lecture plus rigoureuse suppose de croiser plusieurs niveaux d’analyse, du plus visible au plus implicite.
Les questions à se poser en priorité
- Quel personnage ou archétype est incarné, et à quel univers visuel appartient-il (cinéma, mode, peinture, presse) ?
- Quelles références culturelles précises l’image convoque-t-elle (un film, un genre pictural, une époque) ?
- Quels indices narratifs sont présents, et quelle part d’ambiguïté ou de suspens subsiste volontairement ?
- Comment le cadrage oriente-t-il le regard : plan large, gros plan, plongée, contre-plongée ?
- Que révèlent la lumière et la couleur (ou le noir et blanc) sur l’atmosphère et la tonalité critique de l’image ?
- Quel rôle jouent les accessoires, costumes et prothèses dans la construction ou la déformation du personnage ?
- Quelle place occupe le spectateur : témoin complice, voyeur, ou observateur mis en position d’inconfort ?
Appliquer la grille sans céder au réflexe biographique
Cette méthode permet d’éviter le piège le plus fréquent : chercher Cindy Sherman derrière le masque, alors que l’intérêt de son travail réside précisément dans l’inverse, la disparition de l’identité personnelle derrière un dispositif de représentation. En posant ces sept questions face à une image, qu’elle appartienne aux Untitled Film Stills, aux Centerfolds ou aux History Portraits, on obtient une lecture argumentée, fondée sur des éléments visuels concrets plutôt que sur des suppositions biographiques. Cette grille constitue également un bon point de départ avant de se rendre en exposition ou de consulter les collections qui conservent son œuvre.
Œuvres, expositions, collections: où voir Sherman et comment prolonger la découverte
L’œuvre de Cindy Sherman se déploie sur près d’un demi-siècle et compte de nombreuses séries, dont certaines restent des jalons incontournables pour qui souhaite approfondir sa démarche.
Les séries essentielles à connaître
| Série | Période | Caractéristique principale |
|---|---|---|
| Doll Clothes | 1975 | Premières explorations de la mise en scène de soi |
| Untitled Film Stills | 1977-1980 | Archétypes féminins inspirés du cinéma classique, noir et blanc |
| Bus Riders | 1976-2005 | Portraits de passagers anonymes aux identités variées |
| Murder Mystery | 1976-2000 | Fiction policière rejouée par un seul personnage multiple |
| History Portraits | 1988-1990 | Citation de la peinture classique et critique de l’autorité picturale |
| Untitled, Clown Series | 2004 | Figures de clowns entre humour et malaise |
Institutions, expositions et statut des tirages
Des expositions majeures ont permis de faire circuler son travail à l’échelle internationale, notamment « Where Are We Going ? », présentée pour la première fois en 2006 au Palazzo Grassi à Venise, ou encore « Mapping the Studio » à la Punta della Dogana. D’autres lieux ont accueilli ses œuvres, du Folkwang Museum au Gucci Museo pour ses œuvres de jeunesse, en passant par des expositions collectives comme « Qui a peur des artistes ? » ou « Le monde comme il va » à la Bourse de Commerce. Le format et le tirage de ses photographies varient selon les séries : certaines œuvres existent en grands formats destinés à l’accrochage muséal, d’autres en formats plus intimes proches du document d’archive. Musées et collectionneurs privés se partagent aujourd’hui la conservation de ces tirages, dont la valeur repose autant sur la rareté des exemplaires que sur la place centrale de l’artiste dans l’histoire de la photographie contemporaine. Pour prolonger la découverte de son travail dans de bonnes conditions de lecture, les catalogues d’exposition richement illustrés restent une ressource fiable.
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Cindy Sherman (catalogue d'exposition Fondation Vuitton): "Une rétrospective (1975-2020)"
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Cindy Sherman
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Cindy Sherman Anti-Fashion
FAQ
Cindy Sherman est-elle une artiste féministe
Son œuvre critique clairement les rôles assignés aux femmes et le regard porté sur elles, mais elle refuse toute étiquette militante explicite. La lecture féministe reste l’une des grilles possibles, sans épuiser la richesse ambiguë de son travail.
Pourquoi parle-t-on d’autoportrait alors qu’elle joue des personnages
Parce qu’elle est physiquement présente sur chaque image, en tant que sujet et opératrice. Le terme d’autoportrait désigne ici le dispositif, pas une confession personnelle : elle prête son visage à des archétypes culturels plutôt qu’à sa propre biographie.
Que signifie la série Untitled Film Stills
Cette série de 1977 à 1980 imite les photographies promotionnelles de films inexistants, en noir et blanc, pour mettre en scène des stéréotypes féminins issus du cinéma des années 1950 et 1960 et interroger le regard porté sur les femmes à l’écran.
Comment analyser une photographie de Cindy Sherman
En observant le personnage incarné, les références culturelles convoquées, les indices narratifs, le cadrage, la lumière ou la couleur, les accessoires et prothèses, ainsi que la place laissée au spectateur face à l’image.
Quelle différence entre un selfie et un autoportrait à la manière de Sherman
Le selfie cherche généralement à valoriser une identité individuelle et à susciter l’adhésion. L’autoportrait sherman-ien vise l’inverse : révéler que toute image de soi résulte d’une construction culturelle, pour mieux la questionner.
Depuis près d’un demi-siècle, Cindy Sherman tient elle-même l’appareil photo pour mieux démonter les images qui nous entourent. Son unique visage, transformé en une multitude d’archétypes, continue d’interroger ce que nous croyons voir quand nous regardons une femme, une peinture ou, tout simplement, une photographie.





